Il s'en foutait, le Sombre, ne levant que très rarement le regard, toute son attention rivée sur l'ivoire maculée de sang noir.
https://www.youtube.com/watch?v=7BrdRJJcdSs Il ne parlait plus depuis son échange succinct avec le prêtre il y a presque deux mois. Pourquoi faire de toute manière ?
Il jouait, s'exprimant par les notes qui se perdaient inlassablement dans le silence d'une mort en suspend.
Le corps déchiré, chacun de ses gestes lui striant le bide, comme des millions d'aiguilles chauffées à blanc perçant et torturant chaque parcelle de sa peau laminée. De ses blessures bave un épais liquide noir et visqueux, palpitant comme un amas grouillant cherchant à s'extirper de la fange. Plus les jours et semaines passent, plus il en est recouvert.
Depuis un ou deux jours, même le piano, on ne l'entend plus.
L'esclavagiste, en amenant sa livraison, l'aurait vu plus loin, près du feu, recroquevillé sur lui-même, drapé entièrement de cette chose obscure. C'est en le voyant se redresser lentement qu'il percuta qu'il valait mieux pour lui ne pas rester dans les parages et décampa, laissant les trois quatre pauvres types subir le destin pour lequel ils étaient nés.

D'aucun se demandant si les rumeurs sur sa disparition n'étaient finalement pas des canulars.
Accompagné par ses protecteurs, c'est de nouveau vêtu entièrement de sa tunique, visiblement propre, qu'il fit sa tournée.
Déposant sur chacun des autels des deux sanctuaires, une paire de roses noires. A celui d'Onyx, il y plaça, en plus des fleurs, des offrandes et la peluche sombre.
Son attention fut attirée par les affiches placardées, il s'y arrêta, en arracha une dans un geste lent, comme pour en apprécier le son particulier du parchemin qui se déchire, puis la lut.
Reportant son attention sur un prête, il posa une question silencieuse. On lui répondit en donnant l'auteur de l'affiche et qui l'avait déposé là.
Ne sourcillant pas, sa main froissa le papier et le jeta plus loin, vers un caniveau boueux et s'en retourna sans un mot.