Just stay with me... [BG Hoela]
Publié : 04 avr. 2018, 23:37
Dévotion améthyste
Les aboiements des chiens guidaient la troupe de soldats dans des bois si denses qu’il en devenait difficile de progresser. La truffe dans les végétaux, ils ne se laissaient pas décourager par la pluie torrentielle qui se déversait sans discontinuer depuis le levé du soleil. L’orage qui grondait n’arrangeait en rien les affaires des chercheurs qui n’y voyaient pas à deux mètres. Mais loin de se décourager, ils continuaient d’avancer motivés par les cris désespérés de parents prêts à raser les lieux si la manœuvre pouvait leur rendre leur fille.
Soudain, le cor résonna, intimant le silence à tout un chacun. Un bref instant de flottement durant lequel les esprits se recentrèrent sur leur objectif et où les plus audacieux se mirent même à espérer. Avant que ne reprenne la marche, tous lancés tête baissée en direction de ce chant lancinant qui pouvait annoncer le meilleur, comme le pire.
A la mine renfrognée qu’affichait le petit groupe qui formait une barrière de sécurité pour empêcher la famille d’approcher de la scène, la Matriarche sut que c’était la fin. D’un ton impérieux, elle leur intima de s’écarter pour qu’elle puisse passer, les poings serrés et le cœur battant la chamade. Lorsque le rideau d’armures et d’épées s’écarta, ce fut pour dévoiler le corps sans vie de la nourrice, reposant sur un mélange infâme de boue, d’eau et de sang. Egorgée, elle affichait ce regard triste de ceux qui se savent condamnés après avoir lourdement fauté. Et dans ses bras, un linge à l’origine d’un blanc immaculé renfermait un petit corps sans vie et mutilé. A peine reconnaissable, on n’en devinait que ce qu’elle avait pu être autrefois. Comble de l’horreur, ses yeux avaient été arrachés, comme si l’assassin avait souhaité faire passer là un ultime message aux Baenarm. Car celui qui avait fait ça savait forcément. Il savait à quel point la petite Alyerel était précieuse. Il savait que ce qui la rendait unique et inestimable, c’était ce regard améthyste qu’elle posait sur le monde avant qu’il ne le lui arrache. La mère hurla à s’en déchirer les cordes vocales, alors que son époux tentait tant bien que mal de l’extirper du cercle de soldats qui s’était formé tout autour d’eux, l’éloignant de force de cette scène cauchemardesque. De la rage, de la peur ou de la douleur, on ne sut vraiment ce qu’exprimait le visage de la Dame à cet instant précis.
La mort de l’Elue allait au-delà du crime crapuleux et ses conséquences seraient bien plus importantes que le chagrin de deux parents.
Le cortège se remit alors en route, emportant avec lui les corps et tout ce qui aurait pu servir d’indice. Faisant un détour, les Baenarm prirent soin cependant d’abandonner celui de la nourrisse dans la fosse commune où les charognards se délecteraient de ses restes. Non sans avoir maudit son âme et recommandé à Shilen une punition exemplaire pour la traîtresse. Certains murmurèrent qu’il valait mieux pour elle qu’elle n’ait pas été retrouvée vivante, la famille n’étant pas réputée pour sa clémence et son sens du pardon. Mais tous s’accordaient à se demander ce qui avait pu la pousser à fuir la demeure en enlevant la petite fille. Que lui avait-on promis en échange ? Ou avait-elle simplement essayé de sauver l’enfant d’un mystérieux assassin ? De sa propre famille ?
Les parents eux ne chercheraient même pas des réponses. Seul la peur obnubilait désormais leurs pensées. Celle d’un avenir qu’ils pensaient tout tracé et qui risquerait fort de ne jamais exister. Car tout ce qu’ils avaient, ils ne le devaient qu’à une chose, l’enfant qu’ils sacrifiaient à chaque génération selon les rites ancestraux de leur peuple. Des pratiques abolies chez la plupart des familles mais qui perduraient au sein de cette Maison de renom. Sans Alyerel, la tradition serait brisée, entraînant indubitablement la chute de toute la famille. Car Shilen n’aimait guère qu’on déroge aux règles et n’offrait ses privilèges et sa protection qu’à une poignée de privilégiés dont ils ne feraient bientôt plus parti. Seul espoir, avoir un second enfant aux yeux améthystes.
Mais avant de penser à la remplacer, la famille était bien décidée à lui rendre les derniers hommages qui lui étaient dues, prêts à la pleurer avant d’affronter plus soudés que jamais les tempêtes qui promettaient de s’abattre sur eux.
Soudain, le cor résonna, intimant le silence à tout un chacun. Un bref instant de flottement durant lequel les esprits se recentrèrent sur leur objectif et où les plus audacieux se mirent même à espérer. Avant que ne reprenne la marche, tous lancés tête baissée en direction de ce chant lancinant qui pouvait annoncer le meilleur, comme le pire.
A la mine renfrognée qu’affichait le petit groupe qui formait une barrière de sécurité pour empêcher la famille d’approcher de la scène, la Matriarche sut que c’était la fin. D’un ton impérieux, elle leur intima de s’écarter pour qu’elle puisse passer, les poings serrés et le cœur battant la chamade. Lorsque le rideau d’armures et d’épées s’écarta, ce fut pour dévoiler le corps sans vie de la nourrice, reposant sur un mélange infâme de boue, d’eau et de sang. Egorgée, elle affichait ce regard triste de ceux qui se savent condamnés après avoir lourdement fauté. Et dans ses bras, un linge à l’origine d’un blanc immaculé renfermait un petit corps sans vie et mutilé. A peine reconnaissable, on n’en devinait que ce qu’elle avait pu être autrefois. Comble de l’horreur, ses yeux avaient été arrachés, comme si l’assassin avait souhaité faire passer là un ultime message aux Baenarm. Car celui qui avait fait ça savait forcément. Il savait à quel point la petite Alyerel était précieuse. Il savait que ce qui la rendait unique et inestimable, c’était ce regard améthyste qu’elle posait sur le monde avant qu’il ne le lui arrache. La mère hurla à s’en déchirer les cordes vocales, alors que son époux tentait tant bien que mal de l’extirper du cercle de soldats qui s’était formé tout autour d’eux, l’éloignant de force de cette scène cauchemardesque. De la rage, de la peur ou de la douleur, on ne sut vraiment ce qu’exprimait le visage de la Dame à cet instant précis.
La mort de l’Elue allait au-delà du crime crapuleux et ses conséquences seraient bien plus importantes que le chagrin de deux parents.
Le cortège se remit alors en route, emportant avec lui les corps et tout ce qui aurait pu servir d’indice. Faisant un détour, les Baenarm prirent soin cependant d’abandonner celui de la nourrisse dans la fosse commune où les charognards se délecteraient de ses restes. Non sans avoir maudit son âme et recommandé à Shilen une punition exemplaire pour la traîtresse. Certains murmurèrent qu’il valait mieux pour elle qu’elle n’ait pas été retrouvée vivante, la famille n’étant pas réputée pour sa clémence et son sens du pardon. Mais tous s’accordaient à se demander ce qui avait pu la pousser à fuir la demeure en enlevant la petite fille. Que lui avait-on promis en échange ? Ou avait-elle simplement essayé de sauver l’enfant d’un mystérieux assassin ? De sa propre famille ?
Les parents eux ne chercheraient même pas des réponses. Seul la peur obnubilait désormais leurs pensées. Celle d’un avenir qu’ils pensaient tout tracé et qui risquerait fort de ne jamais exister. Car tout ce qu’ils avaient, ils ne le devaient qu’à une chose, l’enfant qu’ils sacrifiaient à chaque génération selon les rites ancestraux de leur peuple. Des pratiques abolies chez la plupart des familles mais qui perduraient au sein de cette Maison de renom. Sans Alyerel, la tradition serait brisée, entraînant indubitablement la chute de toute la famille. Car Shilen n’aimait guère qu’on déroge aux règles et n’offrait ses privilèges et sa protection qu’à une poignée de privilégiés dont ils ne feraient bientôt plus parti. Seul espoir, avoir un second enfant aux yeux améthystes.
Mais avant de penser à la remplacer, la famille était bien décidée à lui rendre les derniers hommages qui lui étaient dues, prêts à la pleurer avant d’affronter plus soudés que jamais les tempêtes qui promettaient de s’abattre sur eux.